Échanger 30 min
Page de référence · 12 notions

Parler d'IA
sans faire semblant

Prompt, token, agent, effort, RAG, hallucination. Les mots qui reviennent dans toutes vos réunions IA, expliqués en regardant une interface plutôt qu'un dictionnaire.

Faites défiler
Acte 1

Les fondations

Trois mots qu'on emploie l'un pour l'autre, et qui ne désignent pas du tout la même chose.

01

L'intelligence artificielle

L'IA a 70 ans. Ce qui est nouveau, c'est qu'elle sait parler.

« Intelligence artificielle » est un terme parapluie. Il désigne tout programme capable d'accomplir une tâche qui demandait jusque-là une forme d'intelligence humaine : reconnaître, classer, prédire, décider. Le filtre anti-spam de votre boîte mail est de l'IA. La lecture de plaque à l'entrée du parking est de l'IA. Le score de risque calculé par votre banque est de l'IA. Ces systèmes tournent en production depuis des décennies, sans que personne ne s'en émeuve.

Analogie

« IA » est à ces technologies ce que « véhicule » est à la trottinette, au camion et au TGV : un mot juste, mais qui ne dit rien de ce qu'on a devant soi.

Dans votre entreprise

L'IA y est déjà, souvent depuis des années : lecture automatique des factures, détection de fraude, prévision de charge, moteur de recherche interne. Personne n'appelle ça « un projet IA », et pourtant.

L'erreur fréquente

Annoncer « nous faisons de l'IA » en comité de direction. La phrase ne porte aucune information. Les seules questions utiles sont : quelle tâche, quelles données, quelle décision, et qui en répond.

02

L'IA générative

Elle ne cherche pas la bonne réponse. Elle fabrique une réponse plausible.

C'est la sous-famille de l'IA qui produit du contenu neuf (texte, image, son, code) au lieu de ranger le monde dans des cases prédéfinies. Là est la rupture de 2022 : jusqu'alors l'IA classait, notait, prédisait une valeur. Désormais elle rédige, résume, reformule, traduit, programme.

Sa mécanique tient en une phrase : elle prédit, mot après mot, la suite la plus vraisemblable compte tenu de tout ce qui précède. Rien de plus. Toute sa puissance et toutes ses limites tiennent là-dedans.

Dans votre entreprise

Le compte rendu rédigé depuis la transcription d'une réunion, la réponse client pré-écrite, la synthèse de 40 pages d'appel d'offres, la trame de spécification à partir de trois notes manuscrites.

L'erreur fréquente

Attendre d'elle une exactitude de calculatrice. Elle vise la vraisemblance, pas la vérité. C'est un formidable premier jet, jamais un livrable non relu.

03

Le LLM, c'est-à-dire le modèle

Le modèle est le moteur. Copilot, ChatGPT et Gemini sont les voitures.

LLM signifie Large Language Model, grand modèle de langage. C'est un fichier de plusieurs centaines de gigaoctets, entraîné une fois pour toutes sur un volume massif de texte, et qui contient statistiquement « la façon dont les mots s'enchaînent ». GPT-5, Claude, Gemini, Mistral, Llama sont des modèles.

Un produit, lui, c'est un modèle plus une interface, plus vos droits d'accès, plus des connecteurs vers vos données, plus des garde-fous et une facturation. Deux produits qui embarquent le même modèle ne donnent pas le même résultat, parce que tout ce qui l'entoure diffère.

Analogie

Le même moteur équipe une berline et un utilitaire. Personne n'en conclut que les deux véhicules se valent pour déménager.

L'erreur fréquente

Comparer ChatGPT et Microsoft 365 Copilot sur la qualité de rédaction. Ils reposent souvent sur la même famille de modèles : ce qui les sépare, c'est l'accès à vos documents et à votre annuaire.

Acte 2

Ce que vous écrivez

Tout se joue dans ce petit champ de saisie, y compris votre facture.

04

Le prompt

Ce n'est pas une requête de moteur de recherche. C'est une consigne à un stagiaire brillant et amnésique.

Le prompt, c'est tout ce que vous envoyez au modèle : votre question, mais aussi le rôle que vous lui donnez, le contexte, les exemples, le format attendu, les contraintes et ce qu'il ne doit surtout pas faire.

Le modèle ne sait rien de votre entreprise, de votre interlocuteur, de l'enjeu, ni du ton maison. Un prompt de huit mots produit un résultat générique, et c'est normal : il a rempli les blancs tout seul. Le même prompt enrichi du destinataire, de l'objectif, du ton, de la longueur et de l'interdit produit un livrable.

La différence, concrètement

« Fais-moi un mail de relance » contre « Rédige un mail de relance à un client grand compte silencieux depuis trois semaines, ton cordial mais ferme, 120 mots maximum, sans t'excuser et sans rouvrir la question du prix, termine par deux créneaux précis ». Même modèle, même seconde, résultat sans commune mesure.

L'erreur fréquente

Repartir de zéro à chaque essai. Un bon prompt se corrige : on garde le fil, on dit ce qui n'allait pas, on précise. C'est une conversation, pas une machine à sous.

05

Le token

Un token n'est pas un mot. C'est la seule unité que le modèle voit vraiment.

Le modèle ne lit ni des lettres ni des mots : il lit des fragments, appelés tokens. « Facturation » se découpe en « Factur » + « ation ». Un mot courant tient souvent en un seul token ; un nom propre, un terme technique ou un mot accentué en coûtent plusieurs. En français, comptez environ 100 tokens pour 75 mots, soit à peu près quatre caractères par token.

Pourquoi ça vous concerne : tout se compte en tokens. Le prix (facturé au million de tokens, séparément en entrée et en sortie), la vitesse de réponse, et la quantité de matière que vous pouvez lui soumettre.

Les ordres de grandeur

Une page A4 ≈ 500 mots ≈ 650 tokens. Un rapport de 40 pages ≈ 26 000 tokens. Une réunion d'une heure transcrite ≈ 12 000 tokens. Un an d'emails d'un commercial : plusieurs millions.

L'erreur fréquente

Budgéter en « nombre de questions par mois ». Deux questions peuvent coûter mille fois l'une l'autre selon les documents qu'on y attache et la longueur de la réponse demandée.

06

La fenêtre de contexte

Sa mémoire de travail. Pleine, elle oublie le début.

C'est la quantité maximale de tokens que le modèle peut avoir sous les yeux en une seule fois : votre prompt, les documents joints, et l'intégralité de l'historique de la conversation. Selon les modèles, de 128 000 à plus d'un million de tokens.

Attention au contresens : ce n'est pas de la mémoire au sens humain. À chaque message, on lui renvoie toute la conversation depuis le début. Il ne se souvient de rien : on lui relit son cahier à chaque fois. Quand la fenêtre sature, le plus ancien tombe. D'où ces conversations qui « perdent le fil » au bout d'une heure et oublient la consigne donnée au premier message.

Analogie

Un bureau. Vous pouvez y étaler un certain nombre de dossiers ouverts ; au-delà, il faut en retirer pour en poser d'autres. Rien n'est mémorisé, tout est simplement posé là, ou pas.

L'erreur fréquente

Enchaîner quinze sujets dans un même fil. Une conversation = un sujet. Quand vous changez de sujet, ouvrez un fil neuf en recollant les trois lignes essentielles.

Acte 3

Comment elle répond

Entre la question et la réponse, il se passe des choses que vous pouvez régler.

07

Réflexion rapide ou approfondie

Répondre du tac au tac, ou prendre le temps de poser le problème.

Il existe deux régimes. En mode rapide, le modèle produit sa réponse immédiatement, mot après mot, sans étape intermédiaire. En mode approfondi (on parle de « raisonnement » ou de thinking), il rédige d'abord un brouillon interne : il décompose le problème, explore des pistes, vérifie, se corrige, et seulement ensuite écrit la réponse que vous lisez. Ce brouillon consomme du temps et des tokens que vous payez sans jamais les lire.

Analogie

C'est exactement la distinction de Daniel Kahneman entre système 1 et système 2. Un expert répond en deux secondes à « quelle est la capitale de l'Italie », et prend vingt minutes sur « faut-il internaliser ce service ».

Quand ça vaut le coup

Analyse chiffrée, arbitrage multi-critères, relecture de contrat, code, tout problème à plusieurs étapes où une erreur en début de chaîne fausse la fin. Inutile en revanche pour reformuler, traduire ou résumer.

L'erreur fréquente

Activer le raisonnement partout « pour être sûr ». On paie cinq à dix fois plus cher et on attend trente secondes pour reformuler une phrase de politesse.

08

L'effort

Un curseur entre vite et bien. Il n'y a pas de réglage gratuit.

L'effort est le réglage qui détermine combien le modèle a le droit de réfléchir avant de répondre : concrètement, un budget de tokens de raisonnement. Côté Faster : peu de brouillon, réponse en quelques secondes. Côté Smarter : le modèle explore, recoupe, se relit. Plus lent, plus cher, nettement plus fiable sur les tâches complexes.

L'interface le dit sans détour : « un effort plus élevé est plus rigoureux, mais il est plus lent et consomme plus de crédits ». Tout est là. Qualité, temps et coût sont liés : on ne déplace pas l'un sans les deux autres.

Niveau sélectionné Moyen, le défaut
Temps de réponse~15 s
Coût relatif×3

Tâches adaptées Synthétiser un document long, préparer un argumentaire, analyser un tableau de bord.

Déplacez le curseur dans la maquette pour comparer les cinq niveaux.

L'erreur fréquente

Choisir un effort « en général » et ne plus jamais y toucher. On le choisit par tâche. Rester au minimum partout, c'est conclure à tort que « l'IA n'est pas au niveau » ; rester au maximum partout, c'est faire exploser la facture sur des broutilles.

09

L'hallucination

Elle n'a pas menti. Elle a complété.

On parle d'hallucination quand le modèle produit une affirmation fausse avec exactement le même aplomb qu'une affirmation vraie : une source qui n'existe pas, un article de loi inventé, une date crédible, un chiffre parfaitement plausible et parfaitement faux.

Ce n'est pas un bug, c'est structurel. Le modèle optimise la vraisemblance de la suite du texte, jamais sa véracité. Une référence bibliographique inventée ressemble trait pour trait à une vraie : rien, dans sa mécanique, ne distingue les deux.

Ce qui réduit le risque

Lui fournir les sources au lieu de les lui demander (c'est tout l'objet du RAG), exiger la citation exacte du passage, l'autoriser explicitement à répondre « je ne sais pas », et monter l'effort sur les sujets à enjeu.

L'erreur fréquente

Juger la fiabilité au ton. L'assurance de la formulation n'est corrélée à rien. Aucun réglage ne supprime le risque : la relecture humaine reste obligatoire sur tout ce qui sort de l'entreprise ou vous engage.

Acte 4

Ce qu'elle peut faire

Là où l'on quitte la démonstration pour entrer dans votre système d'information.

10

Le RAG et vos données

Le modèle ne connaît pas votre entreprise. Il faut lui ouvrir les dossiers.

RAG signifie Retrieval-Augmented Generation : génération augmentée par la recherche. Le principe tient en trois temps. Votre question déclenche une recherche dans vos documents : SharePoint, Drive, wiki, base clients. Les passages les plus pertinents sont extraits. Ils sont collés dans le prompt, et le modèle répond à partir de ces extraits, en citant ses sources.

C'est exactement ce que fait Microsoft 365 Copilot avec vos fichiers, et c'est ce qui sépare un gadget d'un outil de travail. Le modèle, lui, n'a pas changé : ce qu'il a sous les yeux change tout.

La conséquence qu'on n'anticipe jamais

Le RAG hérite de vos droits d'accès et de votre désordre. Un document obsolète, mal rangé ou partagé trop largement ressortira dans les réponses, avec l'autorité d'une source officielle. La réussite d'un déploiement Copilot est d'abord une affaire de gouvernance documentaire, pas d'IA.

L'erreur fréquente

Déployer sur toute l'entreprise sans avoir audité les permissions SharePoint au préalable. On ne découvre pas le problème pendant le pilote, on le découvre quand un collaborateur retrouve la grille salariale dans une réponse.

11

L'agent

Un assistant répond. Un agent agit, puis vérifie ce qu'il a fait.

Un agent, c'est un modèle à qui l'on donne trois choses : un objectif plutôt qu'une question ; des outils (chercher sur le web, lire un fichier, interroger une base, envoyer un mail, appeler une API) ; et le droit de boucler, c'est-à-dire agir, observer le résultat, se corriger et recommencer jusqu'à atteindre l'objectif.

À un assistant, vous demandez « rédige la synthèse de ces trois devis ». À un agent, vous demandez « trouve les trois devis dans la boîte partagée, compare-les au cahier des charges, signale les écarts et prépare la recommandation ». Il décide lui-même des étapes.

Ce que ça déplace

Le point de contrôle. On ne relit plus un texte, on encadre une trajectoire : quels outils il a le droit d'utiliser, sur quel périmètre, et à quel moment une validation humaine s'impose avant une action irréversible.

L'erreur fréquente

Appeler « agent » un chatbot doté d'un prompt système bien écrit. Sans outils et sans boucle, ce n'est pas un agent, c'est un assistant avec une belle consigne.

12

Automatisation avec et sans IA

L'automatisation classique exécute des règles. L'IA gère ce qui n'entre dans aucune règle.

Sans IA, une automatisation est un enchaînement déterministe : déclencheur, conditions, actions. « Quand un formulaire est soumis, si le montant dépasse 5 000 €, alors créer une tâche et notifier le directeur. » Même entrée, même sortie, à chaque fois. C'est rapide, quasi gratuit, traçable et auditable. Une grande part des gains de productivité d'une PME est là, et ne demande aucune IA.

Avec IA, on insère un nœud de jugement là où aucune règle ne tient. « Quand un mail arrive sur contact@, déterminer s'il s'agit d'une réclamation, d'une demande de devis ou d'un spam, en extraire le besoin, puis router. » Aucune liste de mots-clés n'aurait fait ça correctement.

Le test qui tranche

Essayez d'écrire la règle. Si vous y arrivez, automatisez sans IA : c'est moins cher, plus rapide et prévisible. Si vous n'y arrivez pas parce que l'entrée est du texte libre, flou ou variable, alors l'IA a gagné sa place.

L'erreur fréquente

Mettre de l'IA dans une automatisation qui fonctionnait très bien avec une simple condition. On ajoute du coût, de la latence et de l'imprévisibilité, pour rien.

Récapitulatif

Ne confondez plus.

Les trois confusions qui coûtent le plus cher en réunion.

Le modèle, le produit et l'interface

  • Le modèle : GPT-5, Claude, Gemini, Mistral. Le moteur. On ne l'achète pas, on y accède.
  • Le produit : Microsoft 365 Copilot, ChatGPT Entreprise, Gemini. Un modèle, plus vos données, vos droits et vos garde-fous.
  • Ce qui décide : pas la qualité du modèle, mais ce à quoi le produit a le droit d'accéder chez vous.

Le chatbot, l'agent et l'automatisation

  • Chatbot : vous demandez, il répond. Vous exécutez.
  • Agent : vous fixez un objectif, il choisit les étapes, utilise des outils et boucle jusqu'au résultat.
  • Automatisation : un enchaînement déclenché sans vous. Avec ou sans IA à l'intérieur, c'est un autre sujet.

L'IA, l'IA générative et le reste

  • IA : le parapluie. 70 ans d'histoire, déjà partout dans votre SI.
  • IA générative : celle qui produit du contenu neuf. La rupture de 2022.
  • Ce qui n'a pas changé : vos données, vos processus et vos droits d'accès restent le facteur limitant.
Le mémo

Les 12 notions sur deux pages.

La version imprimable de cette page : un recto-verso à poser sur la table de vos réunions IA, pour que tout le monde parle enfin de la même chose. Je vous l'envoie par email.

  • Les 12 définitions en une phrase chacune
  • Le tableau « ne confondez plus »
  • Les ordres de grandeur : tokens, coûts, temps de réponse

Échangeons 30 min